HPI + Asperger : les doubles lames
Il y a des jours où je me sens comme une épée à deux tranchants.
Deux lames qui brillent, qui vibrent, qui coupent parfois trop fort.
L’une, c’est le HPI — cette pensée en ébullition constante, cette capacité à tout analyser, tout comprendre, tout anticiper.
L’autre, c’est Asperger — cette façon différente de percevoir le monde, de chercher la cohérence, de sentir chaque détail comme une vérité absolue.
Deux lames. Deux forces. Deux blessures aussi.
🌪️ Quand le mental file à toute vitesse
Le HPI, c’est cette énergie intellectuelle qui ne s’arrête jamais. Un cerveau qui tourne comme un moteur sans bouton “pause”. Tout devient sujet à réflexion, chaque émotion appelle une explication, chaque injustice fait naître dix idées pour y remédier.
Mais à force de tout voir, tout comprendre, tout ressentir, on finit parfois par se noyer dans sa propre lucidité. Ce n’est pas de la prétention — c’est juste un trop-plein de conscience.
🧩 Quand le monde semble écrit dans une autre langue
Asperger, c’est autre chose. Ce n’est pas une lenteur, c’est une logique différente, une recherche de sens qui ne supporte pas les demi-teintes. Les sous-entendus me perdent. Les non-dits me désorientent.
Je vois les choses comme elles sont, sans filtre, et je dis ce que je pense. Et souvent, ça dérange. Alors on apprend à se taire, à observer, à décoder… mais on ne s’y habitue jamais vraiment.
⚔️ Quand les deux se rencontrent
Imagine un moteur de Formule 1 monté sur une route de montagne : ça va vite, très vite, mais chaque virage peut être une sortie de piste. Le HPI pousse à explorer, comprendre, briller. L’Asperger, lui, freine, structure, sécurise.
L’un veut courir, l’autre veut contrôler. Et moi, je suis au milieu, à essayer de ne pas me couper sur mes propres lames.
🌈 Trouver l’équilibre
Avec le temps, j’ai compris qu’il ne fallait pas choisir une lame contre l’autre, mais apprendre à les faire danser ensemble. Le HPI me donne la vision, la créativité, la passion. Asperger me donne la rigueur, la fidélité à moi-même, la sincérité brute.
Ce duo étrange m’a longtemps fait souffrir, mais il est aussi devenu ma force : celle de voir le monde autrement, de sentir l’essentiel, de refuser le faux.
Alors oui, parfois ça coupe.
Mais c’est aussi ce qui me rend vivant.
🖋️ À propos de l’auteur
Bernard Fauguet partage ici ses réflexions de zèbre Asperger. Dans Un zèbre dans la ville, il explore avec sincérité la richesse et les paradoxes de la différence cognitive, entre lucidité, fatigue et émerveillement.
