La double peine
Quand rien ne se voit, il faut tout porter.
Vivre avec une pathologie invisible, ce n’est pas seulement composer avec ses propres limites.
C’est aussi porter le regard des autres, l’incompréhension, et apprendre à se cacher pour pouvoir continuer à avancer.
C’est cette fatigue-là, double et silencieuse, que j’appelle la double peine.
Une pathologie qui ne se voit pas
Certaines différences sont immédiatement perceptibles. Elles déclenchent, presque instinctivement,
de l’empathie, de l’attention, une adaptation du regard social.
D’autres, comme l’autisme Asperger, ne se voient pas.
Et lorsque rien ne se voit, tout est souvent remis en question :
la légitimité, la fatigue, les limites.
La première fatigue : vivre avec l’invisible
Vivre avec un fonctionnement neurologique atypique implique une surcharge permanente :
sensorielle, cognitive, émotionnelle.
Le cerveau filtre moins, analyse plus, encaisse davantage.
Cette fatigue est profonde, structurelle.
Elle ne disparaît pas simplement avec du repos.
La seconde fatigue : le camouflage
Parce que la différence ne se voit pas, il faut souvent la masquer.
Apprendre les codes, lisser les réactions, forcer le social,
pour éviter l’incompréhension, le rejet ou les conflits.
Être tranquille devient une stratégie de survie.
Pour celles et ceux qui se demandent ce que cela donne, concrètement, vu de l’extérieur,
j’ai tenté de le formuler dans un autre texte :
Ce que vous ne voyez pas.
Il s’adresse à ceux qui observent sans toujours comprendre,
et à ceux qui pensent que, puisque rien ne se voit, tout va bien.
Pourquoi cette double peine est si peu reconnue
Parce que l’invisible rassure.
Parce que “tu fais normal”.
Parce que l’adaptation silencieuse est valorisée,
même quand elle épuise.
Ce que la reconnaissance changerait
Il ne s’agit pas de privilèges.
Ni d’excuses.
Juste du droit de ne pas expliquer en permanence.
Du droit de poser ses limites sans être soupçonné.
