Diagnostic et identification
Il y a un avant, et un après.
Avant, on avance à tâtons, en se demandant pourquoi tout semble si différent, si décalé, si bruyant.
Après, il y a des mots. Des mots qui posent enfin un cadre, une explication, une lumière sur le chaos intérieur.
Mais entre les deux, il y a un long chemin. Celui du doute, du trop, du “ce n’est pas possible que ce soit ça”.
Le diagnostic, ce n’est pas un simple papier. C’est une rencontre avec soi-même.
🔍 Avant le mot, l’incompréhension
Pendant des années, j’ai cru que j’étais juste “trop” : trop sensible, trop exigeant, trop lent parfois, trop rapide à d’autres moments.
Trop intense pour les uns, trop distant pour les autres.
Et chaque fois qu’on me disait “tu compliques tout”, je me sentais un peu plus en faute d’être moi.
Je me suis adapté, ou du moins j’ai essayé.
J’ai appris à observer les autres pour comprendre leurs codes, à copier leurs réactions, à ajuster les miennes.
Une forme de mimétisme, pas par stratégie, mais par survie.
Pourtant, malgré tous ces efforts, quelque chose sonnait toujours faux.
Comme si je jouais un rôle sans connaître le texte.
💡 Le moment où tout s’aligne
Le jour où j’ai entendu ces deux mots — HPI et Asperger — j’ai ressenti à la fois un vertige et un soulagement.
Vertige, parce que tout à coup, ma vie entière semblait se réécrire à la lumière de ces termes.
Soulagement, parce que pour la première fois, ce que je vivais avait un nom, une cohérence, une légitimité.
Ce diagnostic, je ne l’ai pas reçu comme une étiquette, mais comme une clé.
Une clé qui ouvre la porte sur un autre regard, moins dur, moins coupable.
Ce n’était plus “je suis bizarre”, mais “je fonctionne autrement”.
Et cette nuance change tout.
⚖️ Les doutes, les jugements, les remises en question
Évidemment, le diagnostic ne fait pas disparaître les regards.
Certains pensent qu’on se cherche des excuses.
D’autres relativisent : “Mais tout le monde est un peu comme ça !”
Alors on se tait, on n’ose plus en parler, on garde ça pour soi, comme un secret mal compris.
Pourtant, identifier ce qu’on est, ce n’est pas s’enfermer.
C’est mettre des mots sur un mode de fonctionnement pour mieux l’apprivoiser.
C’est comprendre ses limites, mais aussi ses forces.
C’est accepter que notre manière d’être au monde ne soit pas un défaut à corriger, mais une donnée à composer.
🌱 Vivre après le diagnostic
Avec le temps, j’ai compris que le diagnostic n’était pas une fin, mais un début.
Le début d’un dialogue plus juste avec moi-même.
J’ai cessé de me battre contre ce que je suis.
J’ai commencé à m’écouter, à respecter mes besoins sensoriels, mes temps de pause, mes limites sociales.
Et, peu à peu, une forme de paix s’est installée.
Se connaître, c’est cesser de se juger à travers le regard des autres.
Ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre, c’est enfin redevenir soi.
Oui, il y a un avant et un après.
Et entre les deux, il y a ce moment suspendu où l’on comprend que l’on n’est pas “cassé” — juste différent.
Et que cette différence, finalement, mérite d’être comprise… pas réparée.
🖋️ À propos de l’auteur
Bernard Fauguet partage ici ses réflexions de zèbre Asperger en quête d’équilibre entre sensibilité, lucidité et vie quotidienne. À travers Un zèbre dans la ville, il explore la richesse et les paradoxes de la différence cognitive, avec sincérité et bienveillance.
